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Pour
les musiciens
*****
Avant
d'aborder la technique, il faut se souvenir que c'est avant tout la
reproduction la plus parfaite de la réalité que l'on
cherche à obtenir quand on enregistre. Les appareils ne sont que
des "moyens" mis au service
des SONS et de la MUSIQUE,
ce que beaucoup
oublient en trafiquant plus ou moins les signaux analogiques
ou maintenant
numériques.
Il faut
également savoir que les plus grands peintres, avant de
réaliser des chefs-d'œuvre et de s'affirmer dans leurs tableaux
les plus connus,
ont
commencé par copier ceux de leurs prédécesseurs.
C'est pourquoi il
m'a semblé utile de recommander à ceux qui veulent faire
de bons enregistrements, des références de disques et de
DVD leur permettant d'entendre des œuvres musicales parfaitement
exécutées et enregistrées par de grands preneurs
de son, souvent très modestes quand on les rencontre.
Il s'agit ici
d'apprécier seulement la musique et la technique, en dehors de
tout intérêt commercial ou publicitaire.
*****
Jeanne d'Arc au bûcher
(Oratorio dramatique d'Arthur Honegger sur
un poème de Paul Claudel) :
DVD EDV 17 - production ARTE France,
Cinétévé et Opéra National de Montpellier
avec l'Orchestre national et
les chœurs de l'Opéra national
de Montpellier et d'Angers/Nantes Opéra ainsi que les solistes
et les
chœurs d'enfants Opéra Junior.
L'enregistrement a été fait en présence du public.
C'est Sylvie Testud
qui a interprété le rôle de Jeanne et Éric Ruf celui de
frère Dominique. L'ensemble était placé sous la
direction
du chef d'orchestre Alain Altinoglu.
Je prends la liberté
de présenter ce DVD en tête de la page "Pour les musiciens"
car il
représente à mes yeux un évènement dans le
monde de la musique classique. D'autre part, quand j'avais 12 ans
(et paraît-il une belle voix...),
j'ai eu la chance de me trouver dans la douzaine d'enfants qui ont
chanté la partition d'Honegger pour les deux
représentations de la version de "concert" qui eurent lieu
en juin 1942, la première au Palais de Chaillot sous la
direction de Charles Munch et
la
deuxième quelques jours plus tard à la salle Pleyel
sous la direction d'Arthur Honegger.
Celui-ci a d'ailleurs
signé ma partition des chœurs. Et les airs des chansons
populaires "En revenant de ces verts
champs...", "Madame nous vous
remercions de vos bonnes intentions...", "C'est le mai, mois de mai, c'est le joli mois de mai...", sont
toujours présents dans ma tête. Surtout quand les voix
d'enfants s'élèvent seules dans
le silence à la fin de l'oratorio : "Personne, n'a un plus
grand amour, que de donner sa vie , pour ceux qu'il aime...".
C'est donc une œuvre qui a
marqué ma vie mais qui, à l'époque, a été rarement
enregistrée sur disques en raison peut-être de sa longueur
(plus d'une heure) et du nombre important des participants (orchestre,
chœurs,
solistes, comédiens). Il existe deux disques "noirs" en vinyle
enregistrés à Prague
en quadraphonie, en octobre 1974, avec Nelly
Borgeaud
dans le rôle de Jeanne et Michel
Favory dans celui de frère Dominique. Ces deux disques
sont néanmoins compatibles et lisibles en
stéréophonie car peu de
mélomanes possédaient le
décodeur nécessaire à la "quadraphonie" qui n'a
jamais connu le succès escompté.

L'œuvre
enregistrée sur ce DVD est celle de la version scénique
destinée à l'Opéra, avec un Prologue ajouté
en 1944 à la demande de Paul Claudel pour une
représentation qui devait avoir lieu à l'Opéra de
Paris et qui, en définitive, eut lieu à Bruxelles en 1946
au Palais des Beaux-Arts. Ayant peu
apprécié certaines mises en scène dites
"modernes" - concernant en particulier des opéras de Mozart -
j'avais quelques craintes en commençant à visionner ce
DVD. Or, je ne peux qu'applaudir comme le public l'a fait pendant huit
minutes à la fin de cet oratorio dramatique
(acclamations
que l'on a
heureusement conservées). La mise en
scène est remarquable, sobre, sur fond noir avec seulement les
personnages éclairés, sauf pour quelques
scènes où Jeanne évoque son
enfance. C'est du grand "Art". Quant à Sylvie Testud, elle
incarne totalement Jeanne d'Arc, autant par sa voix que par son visage
expressif et met parfaitement en valeur le texte de Paul Claudel dans
son dialogue avec frère Dominique
et dans les scènes dramatiques.
Il existe un sous-titrage pour le texte des chœurs et de certains
intervenants
qui permet de bien
suivre l'action.
Le son est parfait, comme d'ailleurs l'image numérique, sans
qu'il y ait prédominance de l'orchestre par rapport aux chœurs
ou aux solistes. Précisons que la prise de son a
été faite par Radio-France alors que les moyens
techniques Vidéo sont dus à AMP. L'enregistrement a eu
lieu en public le 13 juillet 2006 à l'Opéra
Berlioz-Le Corum de
Montpellier. Pour terminer, précisons que c'est Arthur Honnegger
qui a utilisé le premier les "Ondes Martenot"
dans un orchestre classique et précisément dans "Jeanne d'Arc au
bûcher". Je me souviens très bien qu'au cours de
l'exécution de juin 1942, j'avais devant moi la musicienne qui
en jouait et faisait glisser un anneau avec sa main le long
d'un ruban tendu devant le clavier de l'instrument (le groupe des
petits chanteurs
avait
été placé derrière l'orchestre, devant les
chœurs, puisqu'il s'agissait de la
version de concert).
Un livret de 32 pages
en trois langues (Français, Anglais,
Allemand) complète ce DVD avec une Préface de
Paul Claudel (1868-1955),
rédigée pour la
création française faite le 8 mai 1939 à
Orléans. On trouve aussi un précieux texte d'Arthur Honegger (1892-1955) qu'il a
intitulé "Quand j'écrivais
Jeanne au bûcher", à lire absolument avant de
regarder cette œuvre. Car la
genèse de cet oratorio ne fut pas simple. Il avait
été commandité par Ida Rubinstein en 1934, mais
elle avait connu plusieurs refus ce qui est parfaitement
expliqué dans le commentaire très intéressant de Maxime Kaprielian, directeur de "ResMusica".
Après avoir pris connaissance du poème de Paul
Claudel, Arthur Honegger commença à composer la
musique en
janvier 1935 et l'œuvre ne fut
terminée qu'en décembre
de la
même année.
Ce DVD est à recommander sans réserve, d'autant plus qu'il est vendu à un prix très abordable (14 euros) dans une grande surface que tout le monde connaît. Cet enregistrement a été effectué en 2006 dans le cadre du Festival de Radio-France et de Montpellier, avec le concours de la région Languedoc-Roussillon et de la Fondation Aria.
Nostalgie
d'une voix
perdue :
Bonus du film "Farinelli" - DVD Aventi - EDV 1284.
Remarquable documentaire de 60 minutes en
"bonus" sur le DVD du film "Farinelli". Il nous fait
découvir ce qu'étaient les "castrats" et comment
le réalisateur Gérard Corbiau (auteur avec sa
femme du scénario original de Farinelli) a
réussi à obtenir la reconstitution d'une tessiture de
"castrat" avec les voix d'un "contre-ténor" (Derek Lee Ragin)
et d'une "soprano colorature" (Ewa Mallas Godlewska) grâce
au travail de l'ingénieur du son suisse Jean-Claude Gaberel et
à celui des spécialistes de l'IRCAM à Paris.
Les techniques numériques d'enregistrement ont permis de
réaliser le passage d'une voix à l'autre, sans
discontinuité de timbre, de rythme ou d'intonation. Dans le
film, la voix du célèbre castrat est donc une voix, ou
plutôt deux voix naturelles, et non une voix
synthétisée comme beaucoup de spectateurs l'ont cru
(à part pour une seule note trop aiguë). Mais à
aucun moment on ne s'en rend compte et c'était la seule solution
pour retrouver toute l'étendue dans le grave et l'aigu de la
voix d'un castrat, nécessaire pour chanter les œuvres des
compositeurs de l'époque de Farinelli (né Carlo Broschi -
1705/1782), comme par exemple son frère ou le musicien Porpora.
Le documentaire retrace tout le travail réalisé par
l'ingénieur du son, le directeur musical Christophe Rousset,
son orchestre d'instruments anciens "Les talents lyriques" et,
bien sûr, le contre-ténor et la soprano colorature. Les
premiers essais d'enregistrement ont commencé en avril 1993 avec
Jean-Claude Gaberel pour aboutir en septembre 1994 à la
voix du castrat ressuscitée, parfois reconstituée note
par note avec les voix de la soprano et du contre-ténor,
finalisée par l'IRCAM et éditée en Compact-Disc
par la firme Auvidis (K1005).
En 1995, deux "César" (Meilleur son et Meilleur
décor) ont été décernés à
ce film, ainsi que le prix du Meilleur film étranger au Golden
Globe de la même année.
Weihnachtsoratorium (Oratorio de Noël de
Johann Sebastian Bach) :
BWV 248-DVD Deutsche Grammophon 2006 - LC/0173.
Les solistes, le Tölzer Knabenchor
et le Concentus Musicus Wien sont placés sous la
direction de Nikolaus Harnoncourt. Bien que l'enregistrement
ait été effectué en juillet et novembre 1981 dans
la collégiale de Waldhausen en Autriche, la qualité
sonore - 25 ans plus tard sur DVD - est excellente avec des images
d'une netteté et d'une définition étonnantes,
surtout si l'on reproduit le DVD en balayage progressif. On dit
d'ailleurs dans la notice qu'il s'agit d'un véritable document
historique.
Nikolaus Harnoncourt, par sa façon de diriger l'orchestre
d'instruments anciens, le chœur et les solistes, communique à
tous son amour du baroque dans l'esprit luthérien qui se
dégage de cet "Oratorio de Noël". Au cours de
l'exécution de cette œuvre qui dure environ 2 heures et 30
minutes, il se produit un véritable lien, une vraie communion
entre le chef que l'on voit souvent de face et les enfants du
Tölzer Knabenchor. Il est certain que Jean Sébastien
Bach, qui a connu tellement de problèmes avec ses jeunes
chanteurs et musiciens il y a plus de 250 ans, n'a jamais pu entendre
son oratorio aussi parfaitement exécuté.
Que ce soit pour la qualité technique (prise de son, cadrage,
définition, montage) ou pour la perfection musicale, ce DVD est
pour moi une référence et une leçon donnée
à tous ceux qui auront un jour à filmer un concert de
cette importance.
h-Mol Messe (Messe en si mineur de Johann
Sebastian Bach ) :
BWV 232 - DVD/TDK DV-BAMBM.
Cette "Messe en si mineur" pour deux
chœurs (S,A,T,B), quatre solistes, orchestre et orgue, a
été enregistrée au cours du concert donné
dans l'église Saint-Thomas de Leipzig le 28 juillet 2000 pour le
250e anniversaire de la mort de Johann Sebastian
Bach. C'est Georg Christoph Biller, 19e successeur du Cantor de Leipzig, qui dirige
aujourd'hui les enfants et les jeunes du Thomanerchor de
Leipzig. Pour ce concert exceptionnel, les solistes, le Thomanerchor
et le Gewandhausorchester avaient été
rassemblés sur la vaste tribune de la Thomaskirche de
Leipzig, magnifiquement restaurée après la guerre.
La prise de son, malgré les difficultés, a
été parfaitement réussie de même que les
prises de vue grâce à un matériel très
performant avec caméras télécommandées.
L'exécution est remarquable et l'on s'aperçoit
très vite que chaque enfant du chœur "vit" ce qu'il chante et se
sent concerné par cette œuvre difficile, grâce à la
direction toujours aimable et souriante de Georg Christoph Biller.
C'est un grand moment d'émotion et de perfection musicale et
technique. On remarquera que le réalisateur a conservé
à la fin les applaudissements de l'assistance, parfois
supprimés dans certains DVD quand l'enregistrement est fait en
"live", créant ainsi un silence pesant pendant le
défilement du générique de fin. On perd ainsi
l'ambiance et la chaleur du public qui ne s'exprime plus. Pour les
vrais mélomanes, il manque quelque chose car les
applaudissements à la fin d'une œuvre font partie du concert. On
peut éventuellement les "shunter" au bout de quelques minutes
(selon l'expression technique consacrée) s'ils durent trop
longtemps, ce qui est souvent le cas après une audition.
Disque-test (supplément au
numéro 113 - mars 2006 - de la revue "Prestige
Audio-Vidéo") :
Depuis les débuts de la
"Haute-Fidélité", de nombreux disques ont
été offerts avec des revues pour "tester" le
matériel des passionnés. La plupart d'entre eux
étaient composés d'extraits d'oeuvres empruntées
à des enregistrements du commerce avec, bien sûr,
l'autorisation du producteur.
Ce Compact-Disc de la revue "Vidéo-Prestige" est remarquable
parce qu'il renferme des enregistrements très divers comme une
voix de femme, l'ensemble "Tango Nueve", une plage de
"Blue-rock", une guitare, un piano Steinway & Sons D de 2,74
mètres de longueur, un Yamaha C 7, un orgue (celui de la
cathédrale de Minden en Allemagne) et même un
orchestre d'instruments à vent (celui du Conservatoire de
Saint-Claude en France). À part ces deux dernières plages
qui ont évidemment été enregistrées sur
place, la prise de son des autres a été faite au Studio
Passavant par Philippe Muller et Bernard Neveu avec la
recherche d'une reproduction la plus fidèle possible par rapport
à l'audition réelle en utilisant un minimum de
microphones (la plupart du temps deux omnidirectionnels en couple). La
qualité ne trompe pas et on pourra avoir une pensée pour André
Charlin et ses premiers enregistrements de 1956 avec sa "tête
artificielle" et ses deux micros omnidirectionnels placés de
part et d'autre d'un coussin d'un vingtaine de centimètres de
diamètre. C'est un disque-test remarquable, avec des
interprètes de tout premier ordre, utile pour contrôler
une installation mais aussi très agréable à
écouter. Bravo.
Le Boeuf sur le toit (de Darius Milhaud
avec l'orchestre du théâtre des
Champs-Élysées dirigé par l'auteur en 1956 - disque Charlin SLC 17) :
Puisque nous venons de parler d'André
Charlin, précisons que ses anciens enregistrements,
édités sur vinyle dans les années soixante, sont
maintenant disponibles dans le commerce sur Compact-Disc après
une reprise effectuée en Allemagne à partir de disques
pressés mais jamais lus (les bandes originales ont en effet
disparu). L'enregistrement du "Boeuf sur le toit" a
été réalisé en 1956 par André
Charlin au Théâtre des Champs-Élysées, le
disque vinyle n'étant sorti dans le commerce qu'après le
choix de la norme de gravure stéréophonique compatible
(gravure latérale 45/45), faite en 1958. Quand on écoute
cet enregistrement, on est étonné par la qualité
sonore et la clarté qui s'en dégage, permettant de situer
exactement les différents instruments dans l'espace sans
être gêné par les grattements intempestifs des
anciens disques "noirs" (mis à part le très léger
bruit de fond dû à la bande magnétique d'origine,
inhérent au procédé d'enregistrement de
l'époque). C'est le secret de la prise de son en couple et ce
disque d'anthologie est indispensable à tout preneur de son.
Batalla 1 Imperial (de Joan Cabanilles,
joué par Montserrat Torrent sur les trompettes en chamade de
l'orgue de Saragosse - disque Charlin AMS 69) :
Comme le précédent, cet
enregistrement a été réalisée par
André Charlin avec sa tête artificielle. La clarté
obtenue avec cet orgue, que l'on peut voir devant soi en fermant les
yeux tellement la place des tuyaux dans l'espace est exacte lorsqu'ils
jouent, confirme qu'il y a plus de 45 ans on savait faire des
enregistrements remarquables alors qu'aujourd'hui, les prises de son
d'orgue - souvent très difficiles - ne sont pas toujours bonnes
malgré le numérique (et peut-être à cause de
lui). Un matériel moderne et performant ne suffit pas pour
réussir un enregistrement. Il faut choisir un minimum de micros
et avoir de l'expérience pour les placer (rappelons le ballon
gonflé à l'Hélium porteur du couple des deux
micros cardioïdes de Pierre Vérany pour
l'enregistrement de l'orgue du Roi Soleil joué par Pierre Bardon
en 1978 dans l'église de Saint Maximin en Provence - disque
vinyle PV 3791). Cette "Batalla 1 Imperial" sonne avec une
clarté étonnante, sans aucune distorsion ni confusion,
alors qu'en raison de la réverbération, on obtient
souvent dans un grand édifice religieux un mélange de
sons directs et de sons réverbérés empêchant
de distinguer clairement les différentes parties du message
musical.
Avec presque un demi-siècle de distance, les
enregistrements Charlin sortent de l'oubli grâce à Arlette
Albohair qui les possède tous et les met de nouveau
à la disposition des passionnés de MUSIQUE et de
pureté SONORE. Ils n'ont pas fini de nous étonner en nous
rappelant les vérités premières de l'Art du
Preneur de SON.
A Night of Encores : Concert de
l'été 2002 à la Waldbühne de Berlin
(Théâtre de verdure) avec le violoniste Vadim Repin et le
Berliner Philharmoniker sous la direction de Mariss Jansons - DVD/TDK réf. DV-WBNOE.
C'est dans le vaste et impressionnant
théâtre de verdure de Berlin que 20 000
spectateurs ont assisté à cette soirée
exceptionnelle qui a été enregistrée de
façon remarquable par la société EuroArts,
le 23 juin 2002. De très nombreux micros avaient
été placés sur des pieds de sol et des perches
devant chaque pupitre (cordes, bois, cuivres, percussions) mais aussi
devant les solistes afin que l'on entende bien la flûte, le
hautbois, la clarinette, les harpes et même le triangle quand
cela était nécessaire, sans que les sons se perdent dans
la masse orchestrale. Un micro était suspendu au-dessus de Vadim
Repin et tous les câbles aboutissaient à une
importante console de mélange.
Bien qu'enregistré en plein-air, ce DVD possède une
excellente qualité sonore et une présence du soliste et
des instruments de l'orchestre révélant la parfaite
maîtrise des ingénieurs du son ayant effectué
l'enregistrement numérique (en stéréo, dts et
5.1). Dans ce cas précis, on ne peut pas se contenter d'un
"couple" A-B, X-Y, M-S ou ORTF... !
Quant au programme, il s'agit de pièces choisies parmi des
œuvres composées par de grands musiciens comme Wienawski
(1835-1880), Tchaikovsky (1840-1893), Sibelius (1865-1957), Elgar
(1857-1934), Richard Wagner (1813-1883), Fritz Kreisler (1875-1962),
Carlos Gardel (1887-1935), Niccolò Paganini (1782-1840), Anton
Dvoràk (1841-1904) et quelques autres, le concert se terminant
par la "Farandole" de l'Arlésienne de Georges Bizet (1838-1875)
et "l'Aragonaise" du Cid de Jules Massenet (1842-1912). Comme le titre
du DVD l'indique, les morceaux du programme sont souvent joués
à la fin des concerts par les solistes et les orchestres comme "bis"
(appelés "Encores" par les anglo-saxons, indiquant
ainsi que les auditeurs en veulent... encore..., ce qui est plus
logique !).
En écoutant ce DVD, on ne peut
qu'être séduit par la virtuosité et la
musicalité de Vadim Repin au violon et la perfection
d'exécution du Philharmoniker de Berlin, perfection qui
n'est plus à démontrer. Mais l'enthousiasme des musiciens
et des 20 000 spectateurs (dont beaucoup d'enfants) n'a fait que
croître au fur et à mesure que la nuit tombait et
après l'exécution du "Carnaval de Venise" (opus
10) de Niccolò Paganini, joué de façon
exceptionnelle et humoristique avec la connivence du Chef d'orchestre Mariss
Jansons, des lumières tremblotantes se sont allumées
un peu partout parmi les spectateurs qui ont réclamé un
"bis" du "bis" à Vadim Repin. On se serait cru à
un concert de "country-music" ! Pendant l'exécution du "Wiener
Burger" (Citoyens de Vienne) qui suivait, les spectateurs n'ont pas
hésité longtemps à se balancer au rythme de la
valse et à faire un triomphe à l'orchestre et
à Mariss Jansons. Les gens étaient heureux !
On dit souvent qu'en France le peuple n'aime pas
la musique "classique". C'est en partie vrai si l'on sait qu'il est
difficile de rassembler plus d'une quarantaine de personnes pour un
récital de piano ou le concert d'un quatuor de cordes dans la
France "profonde", comme ce fut le cas pour celui que j'ai
enregistré récemment en "live" ! Mais si l'on
commençait à sensibiliser les enfants en
diffusant des extraits de ce DVD dans les écoles ou sur les
chaînes de télévision à une heure de grande
écoute, les jeunes comprendraient que la musique "classique"
n'est pas triste ni ennuyeuse et qu'il faut assister à de tels
concerts pour l'aimer. Il est ensuite probable que beaucoup voudraient
apprendre à jouer d'un instrument à condition qu'on ne
leur impose pas préalablement une ou deux années de
solfège ! Même s'ils ne deviennent pas eux-mêmes des
interprètes - car tout le monde ne peut pas être Vadim
Repin ou Yehudi Menuhin - ils écouteraient
peut-être plus facilement par la suite des œuvres "classiques"
sans les rejeter a priori. Tout dépend du programme et des
interprètes !
Heureusement, avant le traditionnel morceau de
fin "Berliner Luft from Frau Luna" (L'air Berlinois de "Madame
la Lune"), ce sont deux œuvres de compositeurs français qui
ont terminé cette magnifique soirée. Merci. Rien n'est
donc perdu !
Pour ceux qui aiment
les chœurs : Pour les temps de Noël
et de fin d'année, signalons l'excellent DVD TDK "Gloria in
Excelsis Deo" du "Thomanerchor de Leipzig", enregistré en
1995 et édité par TDK en 2002.
Réf.
DV- CHTBC.
Il s'agit de motets et de chants de Noël
composés par J.S.Bach, Palestrina, Schein, Schütz, Max
Reger, Mauersberger, Mendelssohn-Bartholdy, entrecoupés d'œuvres
d'orgue des mêmes compositeurs, jouées par Ullrich
Böhme sur l'orgue ancien restauré de la Thomaskirche
de Leipzig (qui se trouve sur la tribune) et sur l'orgue de facture
moderne placé latéralement contre un mur de la nef. Le Thomanerchor
de Leipzig possède une homogénéité et une
texture sonores remarquables. Le Cantor, Georg Christoph Biller,
dirige les enfants et les jeunes ténors et basses de ce chœur de
façon toujours souriante ce qui lui permet d'obtenir une
expression vocale d'une grande sensibilité avec beaucoup de
nuances. La prise de son est parfaite.
Mais ce qui est intéressant dans ce DVD, c'est que la partie
purement musicale est complétée par un documentaire de 29
minutes sur la vie des enfants du Thomanerchor, les
répétitions et les concerts ("Zwischen Schule und
Kantate"). On pourra faire une comparaison utile avec le
documentaire de 50 minutes "Les Petits Chanteurs à la croix
de bois à chœur ouvert" réalisé par FR3
Nord-Picardie en 1989 (édité en cassette VHS : FR3 -
Service commercial - 35 rue Léon Gambetta - 59 130 Lambersart)
et le récent documentaire de 1 heure 19 minutes
réalisé par Emmanuel Descombes, diffusé le
jeudi 21 décembre 2006 à 22 h 55 sur la deuxième
chaîne française (il sera peut-être disponible
dans l'avenir en DVD. Qui sait...?).
Le seul regret quant au DVD TDK du Thomanerchor, c'est l'absence de
sous-titrage en français, le seul disponible étant en
anglais alors que le texte du livret d'accompagnement est en trois
langues : Allemand, Anglais et Français. Il est vrai que
l'Anglais est devenu maintenant une langue internationale mais
pratiquement tous les DVD aujourd'hui sont doublés en plusieurs
langues. Il faut faire un effort étant donné le prix.
Pour ceux qui dirigent
ou veulent créer un chœur d'enfants : Précisons qu'il existe
trois films remarquables, réalisés par Philippe Reypens,
cinéaste belge renommé, qui s'est attaché à
mettre en valeur les ensembles de petits chanteurs. Production King's Group - rue
des Taxandres 21/6 - 1040 Bruxelles -
Sous le titre "L'or des anges", un
DVD regroupe les trois films, tournés entre 1998 et 2001 :
- le premier porte le titre "L'or des Anges"
et retrace l'histoire de ces formations depuis les temps les plus
anciens avec le concours du chœur anglais de la Cathédrale
de Worcester,
du "Knabenchor Hannover" dirigé par Heinz
Hennig qui l'a fondé après la dernière guerre (il
est malheureusement décédé le 29 janvier 2002
à l'âge de 75 ans), des "Wiener Sängerknaben"
dirigés par Agnes Grossmann et des "Petits Chanteurs
à la Croix de bois" dirigés à
l'époque par Rodolphe Pierrepont.
- le film suivant est un court métrage
romancé, "Un peu de fièvre", d'une
très grande sensibilité, sur les problèmes
causés par la mue chez les enfants chanteurs qui perdent leur
voix de "soprano" vers l'âge de 14/15 ans.
- enfin, le dernier - Rejoice -
est un remarquable reportage sur le Festival de Poznan qui a eu
lieu en 2001 dans cette belle ville de Pologne où l'on a pu voir
et entendre de nombreuses formations célèbres comme le
chœur du New College d'Oxford dirigé par Edward
Higginbottom, le Nidarosdomens Guttekor de
Norvège, les St. Florian Sängerknaben d'Autriche,
les enfants d'Azuoliukas de Lituanie, les Pueri
Gaudentes tchèques, l'ensemble "Dresdner
Kapellknaben" et de nombreux autres groupes de Pologne (dont
les "Rossignols de Pologne"), du Danemark, des Pays-bas,
de Corée et des USA. Il serait trop long de les
énumérer tous mais un montage habile permet de donner un
aperçu de leurs prestations qui duraient en
réalité entre 6 et 7 minutes chacune le jour du concert
de gala, avec en complément des extraits du Messie de Haendel,
du Requiem de Mozart et une véritable leçon de direction
de chœur offerte par Edouard Higginbottom.
Allons ! Même si de nos jours, pour avoir
du succès, il suffit de créer la surprise par son
accoutrement, sa présentation, des chants modernes et une
sponsorisation, il est réconfortant de constater -
grâce à ce DVD - qu'il existe encore de par le monde des
ensembles d'enfants correctement habillés, remarquables au point
de vue musical, simples, respectueux et heureux de chanter des oeuvres
de compositeurs très anciens comme Palestrina, Bach, Haendel ou
plus récents comme Benjamin Britten et bien d'autres.
La qualité des images est excellente et
le son également. On peut même pénétrer un
peu plus dans l'univers des "Wiener Sängerknaben" et
leur magnifique palais de Wien en Autriche. L'un de leurs
solistes interprète d'ailleurs spécialement le lieder "An
die Musik" (À la musique) de Franz Schubert avec une
voix splendide. Ce DVD devrait rendre d'innombrables services à
tous ceux qui essaient de redonner vie à un chant choral de
grande qualité, malheureusement sur le déclin dans notre
pays. C'est une leçon pour tous. Le DVD "L'or des anges"
est uniquement disponible en Belgique (info@kings-group.com) et en Allemagne (info@pascalmore.de).
Johannes-Passion (la "Passion selon
Saint-Jean" de J.S. Bach) : Production Deutsche
Grammophon GmbH (Hamburg) 2007 - Réf. DVD - 00440 073 4291
(avec sous-titres en Français, Anglais, Espagnol et Chinois).
C'est la reprise en DVD de l'enregistrement
réalisé en juin 1985 dans la cathédrale
de Graz, en Autriche, avec son PCM-Stéréo
converti par le studio "Emil Berliner"
en son ambiophonique (mais uniquement en DTS 5.1).
Le Tölzer Knabenchor, les solistes et le Concentus
Musicus Wien avec ses instruments anciens sont placés
sous la direction de Nikolaus Harnoncourt.
Comme dans le cas du DVD "Weihnachtsoratorium"
cité supra, il s'agit d'un enregistrement que l'on peut
qualifier d'historique car il rompt totalement avec les
interprétations habituelles de cette Passion selon
Saint-Jean. On pourra d'ailleurs la comparer utilement avec
celle du DVD du chœur du King's College de Cambridge
accompagné par l'orchestre d'instruments anciens The
Brandenburg Consort placés sous la direction de Stephen
Cleobury (Production "Brilliant Classic"). Le temps
d'exécution est presque identique (115 minutes pour le King's
College et 114 minutes pour le Tölzer Knabenchor). Mais Stephen
Cleobury dirige de façon traditionnelle alors que Nikolaus
Harnoncourt donne à cette exécution une vigueur peu
commune, pleine de vie, se rapprochant de l'opéra sans pour
autant dénaturer l'œuvre. Car il s'agit bien d'un drame en
réalité. Les solistes enfants ont des voix
exceptionnelles, en particulier les deux altos dans l'aria : "Von
den Stricken meiner Sünden" de la première partie et
l'aria "Es ist vollbracht" de la deuxième partie. Il est
rare d'entendre une interprétation avec des voix d'enfants
d'environ 15 ans qui descendent dans le grave avec une telle puissance
et une telle expression. On pourra aussi comparer dans les deux
versions l'aria de la basse "Mein teurer Heiland", avec le
chœur en fond sonore, dont la ligne mélodique apporte une
sérénité apaisante d'une grande beauté dans
l'interprétation du King's College.
Au point de vue technique, les images sont
très belles et les couleurs un peu froides correspondent
bien au climat souhaité. La prise de son est parfaite avec
seulement un regret : c'est que les micros aient été
placés un peu bas devant les solistes enfants qui n'ont pas
évidemment la puissance vocale des adultes. Quand ils sont
accompagnés par les "bois", on perd très
légèrement en définition et en niveau par rapport
à l'orchestre, d'autant plus que ces jeunes chanteurs tiennent
leur partition devant eux ce qui contribue à créer un
effet de masque. J'avais déjà constaté le
même phénomène, mais en plus important cette fois,
sur l'une des faces d'un Laser-Disc introuvable aujourd'hui des Wiener
Sängerknaben (Réf. Philips 440 070 251-1). Sur cette première face,
enregistrée en 1989, les deux solistes enfants de la Missa
Solemnis (c-moll KV 139) de Mozart, placés à
côté du ténor Kurt Equiluz (que l'on retrouve sur
le DVD de Graz dont on vient de parler) et de la basse Ernst
Jankowitsch, ont un niveau sonore inférieur dans toutes leurs
interventions. Ce qui les désavantage, même si leur
exécution est parfaite.
Alors que sur l'autre face, enregistrée en 1990 dans
l'église Saint Stephan de Baden bei Wien, les très belles
voix des deux enfants (soprano et alto), qui interprètent en duo
le motet "Sub tuum praesidium" (KV 198 de Mozart), ont
été captées avec un niveau plus
élevé par rapport à l'orchestre dont il faut
signaler que le premier violon, Werner Ink, joue sur un Stradivarius.
On peut recommander sans réserve cette Johannes-Passion
de Johann Sebastian Bach dirigée par Nikolaus Harnoncourt
avec l'excellente basse Robert Holl déjà entendue
dans l'Oratorio de Noël présenté dans cette page. Il
n'est pas nécessaire de rassembler des formations chorales et
orchestrales importantes pour exécuter cette Passion.
Les enfants du Tölzer Knabenchor - qui doivent avoir entre
trente-cinq et quarante-cinq aujourd'hui - sont étonnants de
vérité et vivent littéralement ce qu'ils chantent
comme on peut le voir sur l'image. Il est vrai que la complicité
avec le maître de la musique baroque, Nikolaus Harnoncourt,
est présente à tous les instants par ses mimiques et
sa direction précise, créant ainsi un climat à nul
autre pareil. De plus, les musiciens du Concentus Musicus Wien
jouent sur des instruments anciens, dont une basse de viole à 7
cordes pour accompagner notamment l'aria "Es ist Vollbracht",
remarquablement interprétée par le jeune soliste alto.
Une merveille et un grand moment d'émotion.
Petits virtuoses du
bout du monde (un film de Karine Dusfour,
d'après une idée d'Andrea Rawlings-Gaston et Gaël
Leiblang - Production Capa) :
Ce documentaire remarquable de 52 minutes a
été diffusé sur la chaîne France 3 le samedi
16 juin 2007. Il retrace la recherche dans les cinq continents de 5
petits musiciens, sélectionnés par Françoise
Legrand, chef d'orchestre française et fondatrice il y a
vingt ans du "World Philharmonic Orchestra" formé
des meilleurs musiciens de plus de 80 pays qui se réunissent
plusieurs fois par an pour donner des concerts destinés à
aider les jeunes musiciens des pays pauvres. C'est ainsi que l'on
assiste dans le film aux auditions d'enfants de 10 à 12 ans en Inde,
en Thaïlande et en Tunisie pour les violonistes,
au Venezuela afin de trouver un(une) altiste, et en
Roumanie pour le violoncelliste. Attention, Françoise
Legrand précise bien - et on le constate - que les auditions
se font sans que les membres du jury puissent "voir" les enfants. Car,
explique-t-elle à juste raison, si l'un d'eux a une "bonne
bouille", cela peut fausser le jugement concernant la valeur
musicale captée par les oreilles.
On peut d'ailleurs faire soi-même cette expérience
facilement en écoutant d'abord le DVD d'un chœur d'enfants avec
l'image, et le même DVD sans l'image. Dans le deuxième
cas, on constate une modification immédiate de la perception
sonore et l'on découvre très vite d'autres
qualités ou au contraire des imperfections qui existent parfois,
soit dans le rythme, la justesse ou l'expression.
Françoise Legrand a une telle foi et un tel amour qu'elle
renverserait des montagnes. Et la bourse de 10 000 euros par an,
offerte pendant trois ans à chacun des enfants choisis pour
qu'il puisse continuer à perfectionner sa technique avec
d'excellents professeurs, est un rêve devenu
réalité alors que certains d'entre eux vivent parfois
dans des conditions matérielles peu favorables à
l'apprentissage de la musique.
Ils sont donc tous venus à Paris en avion avec leur maman ou
leur papa recevoir leur prix mais aussi - et c'est extraordinaire - un instrument
de facture ancienne, valant plusieurs dizaines de milliers d'euros !
Quand on voit les enfants, en particulier le violoncelliste, entourer
de leurs bras leur nouvel instrument, on ne peut qu'être
ému. Ce jeune violoncelliste roumain interprète à
12 ans dans ce documentaire un court extrait de la Gigue
de la Première suite pour violoncelle seul, en
sol majeur, de Johann Sebastian Bach, avec la maîtrise
d'un professionnel. Il aura certainement un bel avenir. D'ailleurs, Françoise
Legrand ne s'y est pas trompée puisqu'elle envisage de le
présenter plus tard au concours "Rostropovitch"
qui est le concours de violoncelle le plus difficile au monde.
Le concert qui a suivi a été
donné dans l'église Saint-Louis des Invalides à
Paris. Il a permis au jeune Roumain Andreï,
à l'Indien Gavin, au Thaïlandais Dong, au
Tunisien Anès et à l'altiste
Vénézuélienne Alexia dont la
virtuosité est déjà grande, placés au
milieu des musiciens de l'orchestre, de jouer avec leurs nouveaux
instruments "La petite musique de nuit" (Eine
Kleine Nachtmusik), sérénade composée par Wolfgang
Amadeus Mozart le 10 août 1787 pour deux violons, alto,
violoncelle et contrebasse (K. 525). Magnifique encouragement pour ces
enfants qui deviendront sans doute les musiciens de demain.
Malheureusement, il semble que la musique
classique soit devenue aujourd'hui un vice honteux et
répréhensible puisque ce documentaire a été
diffusé le samedi 16 juin de 23 h 15 à 00 h
07, heure à laquelle les enfants de France ne risquent plus
rien puisqu'ils sont endormis. La rediffusion a été faite
aussi le lundi 18 sur la même chaîne, de 03 h 55
à 04 h 47, horaire rêvé pour une
"petite musique de nuit".
Avant le concert, l'un des enfants ayant
demandé à une musicienne professionnelle de l'orchestre "Comment
on peut être professionnel ?", celle-ci lui a
répondu très justement avec humour :
"Il y a trois solutions : tu travailles,
tu travailles,
et tu travailles.".
Je pense que si on lui avait demandé comment encourager les
enfants de France à faire de la musique classique, elle aurait
probablement répondu :
"Il y a trois solutions : diffuser un tel documentaire à
une heure de grande écoute,
diffuser un tel documentaire à une heure de grande
écoute,
et diffuser un tel documentaire à une heure
de grande écoute."
Carpe Diem... (Horace - Odes - An 8 avant J.C.).
Mstislav Rostropovitch (Les 6 Suites pour
violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach) - 2 DVD
d'une durée totale de 240 minutes -
Production EMI Classics - édition spéciale (PCM
stéréo, Dolby digital, DTS surround).
Cet enregistrement est devenu un document
historique après le décès de Mstislav
Rostropovitch le 27 avril 2007, à l'âge de 80 ans. Et
cela pour plusieurs raisons :
- la première, c'est que ce très grand violoncelliste
présente en russe chacune des suites avant de les
interpréter, comme il l'aurait fait de façon amicale
devant les étudiants d'un conservatoire de musique (il existe
un sous-titrage en plusieurs langues) Il n'hésite pas
à en tirer la philosophie, à donner des exemples au piano
et même à l'orgue en se servant de celui de la Basilique
romane de Vézelay où l'enregistrement a
été réalisé en 1991 alors qu'il
allait avoir 64 ans (il était né dans une famille juive
de Bakou, en Azerbaïdjan, le 27 mars 1927). Il avait en
effet appris le piano avant de commencer l'étude du violoncelle.
- la deuxième, c'est que Mstislav Rostropovitch s'est
réservé le droit (il était producteur
délégué) de décider du rythme du travail,
de choisir et de conserver seulement les prises qui lui convenaient (comme
on l'indique dans la notice des DVD). Le nombre des prises qui
furent jetées à la poubelle a été
certainement important car il ne voulait graver sur ces DVD qu'une
interprétation des Suites se rapprochant le plus
possible de ce que Bach aurait peut-être souhaité entendre
quand il les a composées.
- la troisième, c'est l'endroit où fut
réalisé l'enregistrement effectué par les
techniciens de Radio-France : Rostropovitch, seul avec son
violoncelle dans cette grande Basilique de l'Yonne, assis sur une
chaise placée à différents endroits de la
Basilique suivant les Suites, se trouvait dans un cadre hors du temps.
Précisons que le violoncelle est probablement celui
fabriqué en 1711 par Antonio Stradivari, appelé
le "Duport", du nom de son premier propriétaire.
- enfin, et c'est un argument plus "terre à terre" mais
très important pour permettre au plus grand nombre de
découvrir à la fois ces 6 Suites de Bach et ce
grand Maître disparu récemment, on trouve ces deux DVD
dans un coffret vendu 9,99 € dans une grande surface bien
connue. Ce prix est étonnant dans la mesure où l'on sait
que les DVD de musique classique se vendent en général
entre 15 et 30 € l'unité. Il est vrai qu'il
s'agit ici d'une réédition de 1995, mais bravo quand
même !
On ne critique pas une telle
interprétation et je m'en garderai bien. Quand on
l'écoute en PCM stéréo, il m'a seulement
semblé que certains "diminuendo" avaient peut-être
été "aidés au potentiomètre" pendant
le montage. Ce qui est plus gênant, c'est que ce montage
apparaît trop dans certaines Suites au cours d'un même
mouvement. En particulier dans la 2e Suite (par
exemple dans le Prélude et la Sarabande)
dont les prises de jour (les fenêtres laissent passer la
lumière du jour) et celles de nuit (les fenêtres
à l'arrière sont obscures) ont été
intercalées les unes après les autres. Cela se voit
très bien à l'image (merci aux fondus
enchaînés...) mais heureusement on le perçoit
moins dans le "son" quand on écoute.On me dira que "le commun
des mortels ne s'en rendra pas compte" mais un tel monument musical
n'aurait pas dû être "monté" de cette
façon (je n'ose pas dire "masterisé" ou "remasterisé"
par respect pour la langue française... !).
Pour avoir assisté en 1963 à la
prise de son en stéréophonie de l'œuvre d'orgue de César
Franck sur l'orgue rénové de l'église
Sainte-Clotilde de Paris, je sais que les musiciens recherchent la
perfection. Le maître Jean Langlais s'est donc repris
plusieurs fois au cours des enregistrements qui avaient lieu pendant la
nuit jusqu'au petit matin. Ce qui a posé des problèmes
à l'ingénieur du son Robert Lurie au moment du
montage. En effet, l'appareil utilisé à l'époque
était un magnétophone à 38 cm/s dont la vitesse,
entre le début des séances et la fin, variait
légèrement en raison de l'échauffement des moteurs
et des pièces en mouvement. C'était encore
l'époque des pionniers dans le domaine de l'enregistrement
sonore. J'en ai parlé dans l'un de mes livres.
Dans le cas des Suites pour violoncelle seul -
et pour respecter la "vérité" recherchée
par les musiciens quand il s'agit d'une telle œuvre - il aurait fallu
effectuer les reprises éventuelles la même nuit ou le
même jour car dans un grand édifice, l'influence de la température
est importante et il existe toujours une certaine agitation
thermique naturelle de l'air qui varie entre le jour et la nuit et
change légèrement la couleur sonore, surtout
quand la disposition des micros a été modifiée
entre les différentes Suites (ils ne sont plus à la
même hauteur, l'un par rapport à l'autre). On constate
aussi que le niveau n'est pas toujours identique ce qui
nécessite des réajustements pendant l'écoute des
DVD. La prise de son est un travail d'orfèvre dont chaque petit
détail peut avoir de l'importance.
Il aurait été
préférable de conserver l'unité de lieu (les
places respectives du musicien et des micros) et de temps (soit
le jour, soit la nuit) sans changer les réglages mis au
point à l'avance et bien équilibrés afin de
conserver la même couleur et la même sonorité
au violoncelle. La prise de son doit être le miroir de la
réalité et les 6 Suites de Bach forment un "tout",
même si elles sont très différentes les unes des
autres par leur caractère et leur tonalité.
Pour conserver la pureté d'une œuvre,
c'est l'artiste qui doit effectuer les diminuendo et les crescendo
(en un mot les nuances) qui feront revivre ce qu'a voulu
exprimer le compositeur ;
non un système électronique. Les appareils
d'enregistrement ne sont que des boîtes destinées
à mettre en mémoire le plus fidèlement
possible ces moments privilégiés et ils ne
doivent pas façonner les sons au gré du jour, de la nuit
ou de l'oreille de ceux qui contrôlent la qualité car la
perception des êtres humains peut varier assez vite après
des écoutes prolongées (surtout avec un casque...
!). Aujourd'hui, on utilise trop facilement les possibilités de
montage et de trucage permises par les techniques numériques,
certes remarquables mais qui éliminent le côté naturel
et humain de l'exécution musicale pour
aboutir à un résultat n'existant pas dans la vie
courante. Il faut toujours penser qu'au temps de Bach, celui-ci et ses
musiciens ne pouvaient pas "truquer" leurs interprétations. Ce
sont eux qui détenaient la vérité sur la
façon de jouer dans la continuité les œuvres
composées.
Néanmoins, ces deux DVD sont un
témoignage de la perfection d'exécution qu'exigeait pour
lui-même Mstislav Rostropovitch. Et la
présentation faite avec simplicité avant chacune des
Suites est un véritable document pédagogique qui ne peut
que forcer l'admiration avec ses exemples concrets effectués au piano
ou à l'orgue pour expliquer l'utilité des "points
d'orgue", les "résolutions" qui suivent et les
particularités de composition des Suites de Bach.
Ces deux DVD marqueront donc l'année 2007, d'autant plus
que la prise de son, écoutée sans voir l'image,
paraît meilleure (quoique inégale à certains
moments), ce qui correspond à la remarque faite par le chef
d'orchestre Françoise Legrand dans le film TV "Petits
virtuoses du bout du monde" (voir présentation
précédente). Regrettons seulement que dans le livret
de deux feuillets qui se trouve à l'intérieur du
boîtier on n'ait pas ajouté un troisième feuillet
sur lequel l'ingénieur du son de Radio France aurait pu
parler des techniques employées et des difficultés
rencontrées qui furent probablement nombreuses. On le fait trop
rarement et c'est dommage car aujourd'hui, de plus en plus de musiciens
tiennent compte de la réalisation. D'ailleurs, quand on veut
devenir ingénieur du son à Radio France, ne faut-il pas
passer un examen très difficile pour lequel il est
nécessaire d'être aussi compétent en musique qu'en
électronique et en prise de son ?
Ces deux DVD et les deux remarquables CD
enregistrés en 1998 par le violoncelliste russe Boris
Pergamenschikow,dans le studio Teije van Geest de Heildelberg
en Allemagne, avec une technique de "haute fidélité",
resteront à mes oreilles - pour des raisons différentes -
deux références parmi les interprétations
déjà éditées des 6 Suites pour
violoncelle seul de "notre père le Bach".
Dans les deux cas, c'est de la belle
ouvrage !
Mozart : 3 concertos pour piano (n° 9 en mi bémol
majeur - K 271,
n° 12 en la majeur - K 414, n° 26 en ré majeur - K 537,
dit "du couronnement").
DVD de 95 minutes en stéréo, Dolby
5.1 et DTS 5.1, produit en 2005 par EuroArts Music et Brilliant
media (Réf. 2010218).
Voici trois interprétations remarquables,
enregistrées à la perfection avec un juste rapport entre
le piano et l'orchestre dans les trois prises de son, bien qu'elles
aient été été effectuées dans des
salles différentes au cours de concerts publics. On
reconnaît ici le professionnalisme des techniciens de la
firme EuroArts dont j'ai déjà parlé supra.
Le Concerto n° 9 est surnommé
parfois "Jeunehomme" parce qu'il a été
écrit par Mozart en 1777, dans sa vingt et unième
année, pour une pianiste française Mademoiselle
Jeunehomme. C'est dans la très belle salle du "Mozarteum"
de Salzburg, en Autriche, que l'enregistrement a été
réalisé avec la pianiste japonaise Mitsuko Uchida,
l'orchestre du Mozarteum étant dirigé par Jeffrey Tate.
La très grande sensibilité de Mitsuko
Uchida apparaît immédiatement dans son jeu, en
particulier dans le deuxième mouvement (Andantino) qui, fait dire, rien qu'en l'entendant : c'est du
Mozart ! Magnifique interprétation qui change de celles d'autres
interprètes, pourtant talentueux.
Le Concerto n° 12 en la
majeur nous transporte à l'époque de Mozart ! En effet,
c'est le soliste, Vladimir Ashkenazy, qui dirige le Royal
Philharmonic Orchestra, le concert ayant été
enregistré dans la salle du "Hampton Court Palace"
de Londres, le 22 juin 1990.
Mozart jouait souvent ses Concertos en dirigeant lui-même les
musiciens et Vladimir Ashkenazy, par son amabilité
souriante, la précision de sa direction et la perfection de son
exécution, fait immédiatement penser à ce que
devaient être les concerts dans les grands salons des gens
fortunés du XVIIIe siècle. Ce Concerto n° 12
en est transfiguré !
Enfin, le Concerto n° 26,
surnommé le "Concerto du Couronnement" parce que Mozart
l'avait joué le 15 octobre 1790 pour les fêtes du
couronnement de l'empereur Leopold II, a été
composé en février 1788. Mozart espérait
encore gagner un peu d'argent ou obtenir une place lui permettant de
vivre à l'abri du besoin. Ce ne fut pas le cas et il mourut
quelques années plus tard, dans la misère, à 35
ans.
Le soliste Homero Francesch interprète magistralement
cette oeuvre magnifique, qui fut souvent jouée au XIXe
siècle. Homero Francesch possède une grande
virtuosité mais aussi une très grande sensibilité
qui apparaît bien dans le court "Larghetto" central d'une
durée de 5 minutes, suivi par le brillant "Allegretto"
final de 11 minutes. L'enregistrement a été fait dans la
salle de concert "Christian-Zais-Saal" de Wiesbaden, en
Allemagne, avec l'orchestre de chambre "Deutsche
Kammerphilharmonie" dirigé par Gerd Albrecht. C'est
remarquable.
Ce DVD est à conseiller mais, dois-je le
dire, il ne m'a coûté que... 1 euro ! Et ce n'était
pas le premier jour des soldes dans ce magasin bien connu dont le sigle
n'a que 4 lettres. Il faut croire que le pauvre Wolfgang Amadeus
Mozart, mort le 5 décembre 1791 et mis en terre dans la
fosse commune, ne fait même plus recette aujourd'hui étant
donné le nombre d'acheteurs qui sont passés devant le
présentoir où se tenait cette merveille à 1 euro !
Je laisse aux Internautes le soin de conclure...
Le piano oublié (un film de Henri
Helman, tourné en 2006, avec Jacques Perrin dans le rôle
de Benjamin et Corentin Martel dans le rôle de Julien)
:
Ce très beau film de 1 h 37,
déjà diffusé sur FR 3 le jeudi 12 avril 2007, a
été de nouveau programmé sur "TV5 Monde" le
lundi 21 avril 2008. Remarquablement interprété par
Jacques Perrin et le jeune Corentin Martel, il retrace
l'histoire d'un enfant, Julien, passionné par le
piano mais dont le père, imprimeur, refuse de voir son fils se
consacrer à la musique. C'est donc sa femme qui paie les
leçons de piano pour que Julien puisse suivre les cours de
l'école de musique de la ville où ils habitent. Un
jour, en se promenant avec sa camarade d'école, il
découvre un piano à queue dans une grange
abandonnée. Un homme âgé, Benjamin,
le surprend et il est étonné quand Julien joue sur le
piano à sa demande. Or, Benjamin est un
très grand pianiste, qui a été
déporté pendant la guerre sur la dénonciation d'un
habitant du village...
Je ne dévoilerai pas la fin de ce film
mais il peut servir de base de discussion à de nombreux parents
qui n'encouragent pas toujours leurs enfants à poursuivre des
études musicales parce que dans le climat actuel de
précarité qui règne en France, jouer du piano "n'a
jamais nourri son homme", comme on le disait jadis. À moins
d'être un musicien de très haut niveau !
On pourra d'ailleurs rapprocher ce très beau document, certes de
fiction, de celui des "Petits virtuoses du bout du monde"
dont il a été question ci-dessus et qui montre la
réalité d'aujourd'hui.
à suivre...
© C. Gendre (11
juillet 2008)